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Dossier d'accusation

Nicolás Maduro Moros • Accusations de narco-terrorisme

DOJ Case No. 1:20-cr-00177-DLI • Southern District of New York

Statut juridique du dossier

Ce dossier présente les accusations portées par le Département de la Justice américain contre Nicolás Maduro pour narco-terrorisme, complot pour importer de la cocaïne et autres chefs d'accusation. Aucun de ces chefs d'accusation n'a fait l'objet d'un procès équitable devant un tribunal international. L'inculpation de 2020 repose sur des témoignages contestés, des allégations non vérifiées et une stratégie géopolitique de délégitimation d'un chef d'État élu.

Chef d'accusation #1 : Direction du "Cartel de los Soles"

Non prouvé

L'accusation américaine

Selon le Département de la Justice américain, Nicolás Maduro dirigerait le "Cartel de los Soles", présenté comme un réseau criminel formé de hauts gradés de l'armée vénézuélienne, de la garde nationale et de responsables politiques chavistes.

Ce cartel contrôlerait des routes de cocaïne depuis la Colombie, via le Venezuela, vers les Caraïbes, l'Amérique centrale, les États-Unis et l'Europe. Washington affirme que Maduro dirige personnellement ce réseau avec des figures comme Diosdado Cabello et Vladimir Padrino.

📌 Penser à trouver des preuves acceptables sur l'existence même du "Cartel de los Soles" comme organisation structurée.

Ce qui pose problème

Contestation d'experts

De nombreux experts affirment que ce cartel "n'existe pas" en tant qu'organisation cohérente. Il s'agirait plutôt d'un agrégat de réseaux militaires corrompus, qualifié abusivement de "cartel" à des fins politiques.

Absence de procès

Aucune de ces accusations n'a été tranchée par un tribunal. Les "preuves" américaines reposent sur des témoignages d'anciens collaborateurs (Hugo Carvajal, gardes du corps) dont la fiabilité est contestée.

Instrumentalisation géopolitique

L'étiquette de "narco-terrorisme" sert la stratégie américaine de délégitimation du régime chaviste, dans la continuité des interventions en Amérique latine (Panama 1989, Colombie, etc.).

"Pour de nombreux experts, ce cartel… n'existe pas ! Il s'agit, en réalité, d'une fabrication politique destinée à justifier sanctions et intervention militaire."

— RFI, Facebook, Analyse du "Cartel de los Soles"

Chef d'accusation #2 : Alliance avec les FARC

Partiellement documenté

L'accusation américaine

Les actes d'inculpation (New York, Floride) accusent Maduro d'avoir, depuis une vingtaine d'années, conclu une alliance avec les FARC colombiennes pour faire passer des tonnes de cocaïne vers les États-Unis.

Il lui est notamment reproché d'avoir accepté plusieurs millions de dollars des FARC en 2006 en échange d'aide pour le blanchiment d'argent et la protection de cargaisons.

📌 Penser à trouver des preuves acceptables sur les paiements de 2006 et les accords précis entre Maduro et les FARC.

Chronologie des accusations

Évolution des relations Venezuela-FARC selon Washington
  • 2006 : Maduro aurait accepté plusieurs millions de dollars des FARC pour blanchiment et protection
  • 2010-2013 : Hugo Chávez aurait fourni refuge et corridors aux FARC sur le territoire vénézuélien
  • 2016 : Signature des accords de paix entre les FARC et la Colombie
  • 2020 : Inculpation formelle de Maduro par le DOJ pour narco-terrorisme lié aux FARC

Ce qui est établi vs. contesté

✓ Établi

Le Venezuela a effectivement servi de corridor pour la cocaïne colombienne pendant les années 2000-2010. Des échanges ont eu lieu entre l'État vénézuélien et les FARC.

? Incertain

Le montant exact des paiements, la nature précise des accords et l'implication directe de Maduro (alors ministre des Affaires étrangères) n'ont jamais été prouvés devant un tribunal.

✗ Contesté

Le gouvernement vénézuélien nie totalement ces accusations et parle de fabrication politique pour justifier l'ingérence américaine.

Chef d'accusation #3 : "Inonder les États-Unis de cocaïne"

Rhétorique non prouvée

L'accusation américaine

Les procureurs américains affirment que Maduro aurait orchestré un projet délibéré pour "inonder les États-Unis de cocaïne", utilisant la drogue comme une arme contre la population américaine.

"Le régime de Maduro a délibérément cherché à inonder les États-Unis de cocaïne pour affaiblir la société américaine et enrichir ses propres caisses."

— Département de la Justice américain, Acte d'inculpation 2020
📌 Penser à trouver des preuves acceptables d'un "projet délibéré" documenté par des ordres écrits, des procès-verbaux de réunions ou des communications interceptées prouvant l'intention.

Analyse critique de la formulation

Cette accusation repose sur une rhétorique guerrière et non sur des preuves matérielles :

  • Aucune preuve documentaire d'ordres directs de Maduro pour "inonder" les États-Unis
  • Aucune interception de communications entre Maduro et des trafiquants prouvant cette intention
  • Aucun témoignage direct de Maduro confirmant ce projet
  • Formulation politique qui reprend les codes de la "guerre contre la drogue" pour criminaliser un adversaire géopolitique

Contexte géopolitique

Cette rhétorique de "l'arme de la drogue" a déjà été utilisée par Washington contre d'autres adversaires :

  • Panama (1989) : Manuel Noriega accusé de transformer son pays en "narco-État" avant l'invasion américaine
  • Afghanistan (2001-2021) : Les talibans accusés de financer leur résistance par l'opium
  • Colombie (années 1990-2000) : Les FARC qualifiées de "narco-terroristes" pour justifier l'intervention américaine (Plan Colombie)

Chef d'accusation #4 : Blanchiment via PDVSA

Partiellement documenté

L'accusation américaine

Le Trésor américain affirme que PDVSA (Petróleos de Venezuela, la compagnie pétrolière nationale) et d'autres structures publiques vénézuéliennes auraient été utilisées pour faciliter le blanchiment des revenus de la drogue.

Des réseaux de sociétés-écrans, de fausses factures et de transactions offshore auraient permis de réinjecter l'argent du narcotrafic dans l'économie vénézuélienne.

📌 Penser à trouver des preuves acceptables reliant directement Maduro aux circuits de blanchiment PDVSA (ordres écrits, décisions de conseil d'administration, transactions bancaires tracées).

Ce qui est partiellement établi

  • Corruption généralisée : PDVSA a effectivement été au cœur de scandales de corruption sous Maduro
  • Sanctions individuelles : Des cadres de PDVSA ont été sanctionnés par les États-Unis et l'UE pour corruption
  • Contrôles laxistes : Les contrôles anti-blanchiment au Venezuela sont faibles, facilitant les flux illicites

Ce qui manque

Preuve de directive

Aucune directive écrite de Maduro ordonnant l'utilisation de PDVSA pour le blanchiment n'a été produite.

Transactions tracées

Les circuits financiers invoqués par Washington n'ont pas été rendus publics ni soumis à un tribunal.

Jugement équitable

Maduro n'a jamais été entendu par un tribunal pour répondre de ces accusations.

Fondements du dossier : Témoignages et sources

À examiner

Sur quoi reposent les accusations ?

Le dossier américain s'appuie principalement sur :

  • Hugo Carvajal : Ex-chef du renseignement vénézuélien, passé à l'opposition, dont le témoignage est contesté
  • Anciens gardes du corps : Témoignages d'anciens employés de hauts responsables, non vérifiés de manière indépendante
  • Rapports du Trésor américain : Documents internes non soumis à un contre-interrogatoire
  • Déclarations d'opposants : Témoignages de l'opposition vénézuélienne en exil, politiquement motivés
📌 Penser à trouver des preuves acceptables provenant de sources indépendantes et vérifiables, non liées à l'appareil de renseignement américain ou à l'opposition vénézuélienne.

Problèmes méthodologiques

Conflit d'intérêts

Les principaux témoins (Carvajal, opposants) ont un intérêt politique et personnel à charger Maduro.

Absence de vérification

Aucun tribunal indépendant n'a pu vérifier la véracité des témoignages sous serment avec contre-interrogatoire.

Classification

Une partie des "preuves" américaines reste classifiée et ne peut être examinée publiquement.

Statut juridique du dossier

Analyse

Où en est-on aujourd'hui ?

Depuis l'inculpation de 2020, Nicolás Maduro est formellement poursuivi par la justice américaine pour narco-terrorisme, complot pour importer de la cocaïne et autres chefs liés au narcotrafic.

Le 3 janvier 2026, sans déclaration de guerre ni mandat de l'ONU, les forces américaines ont bombardé Caracas et capturé Maduro. Il sera jugé à New York sur ces accusations.

Ce qui est établi, contesté, ou incertain

Synthèse
  • ✓ Établi : Le Venezuela est devenu un corridor majeur de la cocaïne colombienne
  • ✓ Établi : Des pans de l'appareil sécuritaire vénézuélien sont clairement impliqués dans le trafic
  • ✓ Établi : Des cadres du chavisme ont été sanctionnés individuellement pour narcotrafic
  • ? Incertain : L'existence du "Cartel de los Soles" comme organisation structurée dirigée par Maduro
  • ? Incertain : Les montants exacts, dates et preuves matérielles des transactions avec les FARC
  • ✗ Non prouvé : Le projet délibéré d'"inonder les États-Unis de cocaïne"
  • ✗ Non prouvé : L'implication directe et personnelle de Maduro dans les opérations de trafic
📌 SYNTHÈSE CRITIQUE : Le dossier américain repose sur des accusations graves mais largement non prouvées devant un tribunal indépendant. La dimension géopolitique (sanctions, intervention militaire) précède et conditionne la dimension juridique. L'étiquette de "narco-terrorisme" sert une stratégie de délégitimation impériale plutôt qu'une recherche de justice.
"Le 'lien' entre Maduro et le narcotrafic repose sur : un ensemble d'accusations pénales très détaillées construites par le DOJ, mais non encore tranchées par un procès ; une réalité documentée de narcotrafic massif impliquant des responsables vénézuéliens ; une forte dimension géopolitique, où l'étiquette de 'narco-terrorisme' sert aussi la stratégie américaine de délégitimation du régime."

Sources et références