Comprendre les coûts de transformation et l'enjeu géopolitique
Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole au monde (environ 303 milliards de barils), dépassant même l'Arabie Saoudite. Cependant, il s'agit majoritairement de pétrole extra-lourd bitumineux, complexe et coûteux à transformer.
Cette richesse souterraine est au cœur des tensions géopolitiques. Comprendre les coûts de transformation permet de décrypter pourquoi ce pays fait l'objet de tant de convoitises et d'interventions étrangères.
Le Venezuela a les plus grandes réserves de pétrole au monde, mais on dit que c'est du pétrole "difficile". Qu'est-ce que le pétrole bitumineux exactement ?
Excellente question ! Le pétrole bitumineux (aussi appelé pétrole extra-lourd) est un hydrocarbure extrêmement visqueux, presque solide à température ambiante. Contrairement au pétrole léger et fluide qu'on trouve en Arabie Saoudite ou au Texas, celui du Venezuela ressemble à du goudron.
La ceinture de l'Orénoque au Venezuela contient environ 235 milliards de barils de ce pétrole extra-lourd. Le problème ? Il nécessite des processus de transformation beaucoup plus complexes et coûteux.
Quelles sont les étapes pour transformer ce pétrole bitumineux en essence utilisable ?
Le processus se décompose en quatre grandes phases :
Combien coûtent ces différentes étapes comparé au pétrole conventionnel ?
C'est là où ça devient intéressant d'un point de vue géopolitique. Voici une estimation des coûts de production par baril :
Le pétrole vénézuélien est donc 2 à 3 fois plus cher à produire que celui d'Arabie Saoudite, mais reste rentable quand le prix du baril dépasse 50-60 $.
Pourquoi le Venezuela n'a-t-il pas développé ses propres capacités de transformation si c'est si précieux ?
Question cruciale ! Le Venezuela a effectivement tenté de développer ces capacités, notamment avec les améliorateurs (upgraders) de la ceinture de l'Orénoque. Mais plusieurs facteurs ont bloqué ce développement :
Résultat : le Venezuela a dû exporter son brut lourd à prix réduit vers des pays capables de le raffiner (Chine, Inde, Russie), perdant ainsi la valeur ajoutée de la transformation.
Donc l'intervention américaine a aussi un lien avec le contrôle de ces ressources pétrolières ?
Historiquement, toutes les interventions américaines en Amérique latine et au Moyen-Orient ont eu une dimension économique et énergétique :
Le narratif officiel parle de "démocratie" ou de "lutte contre le narco-terrorisme", mais les enjeux pétroliers sont toujours présents. Un Venezuela sous contrôle américain signifierait :
L'or noir n'est jamais loin des interventions militaires.
| Pays | Type de pétrole | Réserves (Mds barils) | Coût/baril | Seuil de rentabilité |
|---|---|---|---|---|
| 🇻🇪 Venezuela | Extra-lourd bitumineux | 303 | 27 $ | 55-60 $ |
| 🇸🇦 Arabie Saoudite | Conventionnel léger | 267 | 10 $ | 20-25 $ |
| 🇨🇦 Canada | Sables bitumineux | 168 | 22 $ | 45-50 $ |
| 🇮🇷 Iran | Conventionnel | 156 | 12 $ | 25-30 $ |
| 🇮🇶 Irak | Conventionnel | 145 | 11 $ | 25-30 $ |
| 🇷🇺 Russie | Conventionnel | 107 | 17 $ | 35-40 $ |
| 🇺🇸 États-Unis | Schiste + conventionnel | 69 | 40 $ | 70-80 $ |